Évaluation de l’internationalisation de l’enseignement supérieur

Byaelzaim

Évaluation de l’internationalisation de l’enseignement supérieur

On ne peut évaluer l’internationalisation de l’enseignement supérieur sans avoir un cadre de suivi et évaluation approprié.

L’évaluation de l’internationalisation de l’enseignement supérieur doit être comprise et développée en harmonie avec la mission de ce secteur. Il ne suffit pas de quantifier le nombre d’étudiants internationaux dans un établissement pour juger que le dit établissement est assez internationalisé ou pas. L’enseignement supérieur possède une mission tri-sectorielle: 1- recherche, 2- éducation et 3- service à la communauté (ou engagement communautaire). Ainsi vu, quand on veut évaluer l’internationalisation d’un établissement de l’enseignement supérieur, la question est de savoir dans quelle mesure chacun des secteurs de sa mission est internationalisé.

Sans vouloir être trop pointilleux sur les mots et la sémantique, il faudra aussi s’entendre sur ce que l’on veut dire par “évaluer” et “mesurer” d’une part, et “évaluer l’internationalisation” ou évaluer les “résultats de l’internationalisation”.

Très souvent, l’évaluation est une tâche négligée faute de responsable de cette tâche et faute de cadre d’évaluation adaptée aux efforts d’internationalisation et de l’enseignement supérieur. On confond l’évaluation de l’internationalisation avec la mesure du nombre d’étudiants internationaux, ou le nombre d’étudiants partis en mobilité internationale, ou le nombre de partenariats signés avec des établissements étrangers, ou même le nombre d’articles scientifiques publiés dans des revues étrangères. Que dire alors de la volonté d’évaluer “l’impact de l’internationalisation”, tâche difficile et mission impossible s’il en est. L’évaluation de l’internationalisation et des ses résultats et impacts doit être explicitement planifiée et effectuée selon un cadre conceptuel bien développé et explicité pour tous les acteurs de l’internationalisation qui, par ailleurs, auront accepté ce cadre conceptuel et contribué à son élaboration. Étant donné l’importance de l’internationalisation dans la vie des établissements et dans l’économie locale, nationale et internationale, on ne se permettra pas d’improviser lorsqu’il s’agira d’évaluer, de classer et de tirer des jugements sur des efforts d’internationalisation, à plus forte raison puisque cela implique aussi d’influencer des décideurs, des familles, des étudiants et des chercheurs dans le choix de leurs lieux d’étude et de vie.

Qui évalue l’internationalisation et comment?

Dans le cadre général de l’internationalisation compréhensive intentionnelle, on a proposé que l’évaluation est l’une des tâches de la branche Administration de l’évaluation. Plus précisément, l’administration de l’internationalisation aura à notre avis la responsabilité de répondre (avec les autres acteurs) aux deux questions:

  • “pourquoi évaluer?” et
  • “qu’est-ce qu’on veut évaluer?”

La réponse à la première question devra contribuer à bien cerner l’objectif fondamental de l’évaluation dans un milieu d’apprentissage et de création de nouvelles connaissances. Je pose comme hypothèse que l’objectif de l’évaluation est d'”apprendre” et de s’améliorer.

La réponse à la deuxième question devra bien aboutir à l’identification des objets et des outils d’évaluation. Comme je le disais, on n’évalue pas l’internationalisation de l’éducation (éducation internationale) en se contentant de calculer le nombre d’étudiants, ou le nombre de pays d’origine, ni même pas en calculant les dépenses faites par ces étudiants considérées comme leur contribution à l’économie locale et nationale.

Les deux questions nous mèneront à construire un “système d’évaluation. L’implémentation de ce système se fera dans les trois secteurs de l’enseignement supérieur avec des des outils à chaque fois appropriés à l’objet que l’on évalue et à ce que l’on veut apprendre en évaluant. Dans le cadre de l’internationalisation compréhensive intentionnelle, j’ai proposé d’emprunter à la théorie de cartographie des incidences (Outcome mapping), reconnue dans le domaine du développement international, et de l’adapter à l’évaluation de l’internationalisation de l’enseignement supérieur. Le système proposé aura donc trois composantes:

  • Outputs: résultats concrets des activités (actions, programmes ou projets) expressément prévues pour réaliser les objectifs de l’internationalisation d’une dimension de l’enseignement supérieur. Des exemples de Outputs peuvent être le nombre de publications, le nombre d’étudiants entrants u sortant, le nombre de conférences internationales, etc.
  • Outcomes: changements ou transformations de comportements et d’attitudes, des relations ou des actions des étudiants et des enseignants participant à une activités ou à un projet qu’on a internationalisé. On peut voir deux types de outcomes: “attendus” et “inattendus” (expected et unexpected)
  • Impacts: le but ultime qu’une action, un programme ou un projet vise à atteindre. les efforts d’internationalisation contribuent à atteindre cet impact. Notons qu’il est fondamental de distinguer entre “contribution” et “attribution”. Attribuer un ou des impacts aux efforts d’internationalisation peut contredire la nature intrinsèque de la recherche et de l’éducation en enseignement supérieur (confluence of initiatives and conditions) dans la mesure où plusieurs initiatives et conditions confluent pour rendre cet impact possible.

Illustration de l’utilisation de ce système d’évaluation

Prenons l’exemple d’une recherche faite en collaboration internationale:

Action/ProjetOutputsOutcomes (attendus ou inattendus)Impacts
Collaboration internationale de rechercheNombre d’article revus par les pairs
Nombre de conférences
Montant du financement obtenu
Nombre d’étudiants encadrés
Équipements et installations Voyages et réunions 
Nouvelles connaissance développée
Nouvelles solutions développées ou améliorées
Nouveaux brevets (attendus)
Nouveaux prix (inattendus)
Nouveaux financements
Engagement de nouveaux chercheurs
Un problème résolu grâce à la recherche effectuée en collaboration internationale: totalement (attribution) ou en partie (contribution)
Nouvelle politique développée sur ll abase des résultats de la recherche
Changement de politique gouvernementale
Révolution sociale ou autre

Prenons maintenant l’exemple de l’évaluation d’une composante de l’internationalisation de l’enseignement et l’apprentissage, soit les études à l’étranger (study abroad).

Action/ProgrammeOutputsOutcomes (attendus ou inattendusImpacts
Internationalisation de l’enseignement et de l’apprentissageNombre d’étudiants à l’étranger
Nombre et montant des bourses
Nombre des programmes 
Expérience d’apprentissage améliorée

Plus de rayonnement pour l’institution (réputation, classement)
Plus de partenariats de recherche (inattendu)
Augmentation du nombre d’étudiants entrants (inattendu)
Citoyens du monde
Meilleures chance d’emploi
Meilleure réputation institutionnelle
Meilleure relation avec les partenaires socio-économiques

Ce système d’évaluation de l’internationalisation a le mérite de poser un cadre et de préciser les objets d’évaluation. Son implementation de façon systématique et raisonnée permet d’établir une relation de confiance envers l’acte d’évaluer en partant de l’hypothèse que l’objectif fondamental est d’apprendre et de s’améliorer. On n’internationalise pas juste pour voyager à l’étranger ou simplement attirer des consommateurs au pays. Même le motif démographique consistant en l’attraction de nouveaux immigrants futurs contribuables n’est pas vraiment l’objectif premier des établissements d’enseignement supérieur, quoiqu’ils y contribuent activement et le considèrent, surtout dans les régions moins peuplées, comme un objectif secondaire ou indirect.

Retro-analyse d’une stratégie d’internationalisation: peut-on l’évaluer?

En lisant la stratégie d’internationalisation d’une université que je ne nommerai pas ici, j’ai pu identifier les trois composantes du système d’évaluation proposé:

WE CREATE SOLUTIONS FOR THE BENEFIT OF THE WORLD
Achieving and maintaining research excellence is a primary goal and a matter of pride at [our university].
OUTPUT: We monitor the quality of our research yearly through international rankings. Our target is to be among the top 50 universities in the world.
OUTPUT: Our researchers publish in the best journals. We aim for a 15% increase in the number of top quality international scientific publications by 2020.
OUTCOME: [our university] will be a pioneer in open knowledge
OUTPUT: and aims to increase its number of Open Access publications by 40%.
We provide support for our researchers as they make even
OUTCOME:  stronger research applications for international research funding.
OUTPUT: Our target is to increase international research funding up to 50 million euro annually.
IMPACT: We produce world class high-impact knowledge that contributes to solving global problems. Together with our partners we are building a better, more sustainable world.

Notons, cependant, que la stratégie ne dit pas dans quels domaines de recherche ni sur quels enjeux mondiaux travailleront les chercheurs. J’imagine facilement qu’un plan d’action plus localisé dans les unités de recherche et dans les facultés suivait cette stratégie institutionnelle de haut niveau. Les outils de mesure et d’évaluation ne sont pas définis non plus, quoique les outputs sont bien quantifiés et les outcomes bien quantifiés.

Comment et quand évaluer?

Lorsqu’on parle d’évaluation, on néglige parfois les outils d’évaluation, les données que l’on veut collectés pour mesurer. Il n’est pas rare non plus d’omettre de planifier l’évaluation elle-même ou d’attendre tout simplement la fin de la période d’implantation de la stratégie pour courir collecter des résultats et des données. Voici quelques mots sur le comment et le quand de l’évaluation, quelques mots qu’il conviendra de développer de façon plus détaillée et appliquée.

Comment collecter les outputs, les outcomes et les impacts

  • Outputs: collecter les nombres, et dresser des listes.
  • Outcomes: identifier, décrire et documenter les changements et les transformations, les innovations et les inventions
  • Impacts: rédiger et raconter les histoires de succès, réaliser des études de cas, développer et utiliser une Théorie de changement (Theory of change), etc.

Quand collecter ces données?

  • Suivis des changements, marqueurs de progrès (jalons de progrès), tenue de journaux de projets et d’actions.
  • Collecte de résultats post-projets, surtout pour identifier les impacts et les changements long-terme

Références:

  1. Outcome Mapping Learning Community: https://www.outcomemapping.ca/
  2. Outcome Mapping: Building Learning and Reflection into Development Programs, Sarah Earl, Fred Carden, and Terry Smutylo, 2001, https://www.idrc.ca/en/book/outcome-mapping-building-learning-and-reflection-development-programs

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