Profession: Internationalisation de l’enseignement supérieur.

Byaelzaim

Profession: Internationalisation de l’enseignement supérieur.

Trop souvent, on entend parler de l’internationalisation de l’enseignement supérieur par des experts qui n’en sont pas. Ce n’est pas parce qu’on est né à l’étranger, n’importe quel étranger, que l’on devient expert en relations internationales, et encore moins en éducation internationale ou, pire encore, en internationalisation de l’enseignement supérieur.

Ce sont des domaines distincts qu’il convient de ne pas confondre malgré leur complémentarité. Lorsqu’on parle d’internationaliser une université, c’est d’éducation et de recherche que l’on parle, même s’il y a un enjeu de génération de revenus et de développement de réputation de l’établissement et même du secteur entier. Certains pays font la promotion du secteur de l’enseignement supérieur et de l’éducation internationale dans leurs établissements comme ils le font pour un produit ou un service d’export. Ainsi en est-il du Canada (ÉduCanada est une direction de commerce international), de l’Australie, de la Grande-Bretagne, entre autres pays ayant développer une marque de commerce “Study in ….”. D’autres pays comme la France, l’Allemagne, les pays nordiques d’Europe en font autant, quoiqu’avec des résultats et des retombées plus qualitatives (réputation de la qualité) que quantitatives (nombre d’étudiants attirés et montants générés directement ou indirectement). Mais c’est avant tout, la qualité de l’éducation, les réalisations des chercheurs, la disponibilité et la qualité (encore) des laboratoires de recherche et des conditions de travail et de vie qui priment lorsqu’il s’agit d’envoyer sa fille ou son fils étudier à l’étranger, ou lorsqu’un chercheur décide/essaie de s’expatrier dans un autre pays à la recherche de nouvelles connaissances qui changeront sa vie et celle de plusieurs autres personnes.

Une profession existe bel et bien, celle de spécialiste d’internationalisation de l’éducation et plus précisément, pour rester dans le sujet, l’internationalisation de l’enseignement supérieur. Or, faut-il encore le rappeler, c’est une expertise qui nécessite la très bonne maitrise de l’enseignement supérieur et une excellente connaissance de toutes ses composantes ou dimensions (la recherche, la formation/éducation, et le service à la communauté ou engagement communautaire). Connaitre les méandres de l’établissement, les intérêts de recherche et les priorités des différents centres et instituts qui en font, maitriser les enjeux derrière les programmes enseignés et les possibilités de recevoir et d’envoyer des étudiants fréquenter les séminaires et les laboratoires des autres établissements partenaires, faciliter la collaboration des membres de la communauté universitaire (académique et administrative) et même la collaboration entre les différents acteurs-partenaires du milieu académique comme les industries, les villes, les gouvernements, les ONG ou les médias. Et surtout maintenir ces relations jusqu’à en faire une composante intégrante de l’ADN de l’établissement. Tout ce travail exige une expertise, une connaissance du métier, une maitrise des interdépendances et un très haut niveau de relations humaines entre les partenaires. La connaissance de l’autre est fondamentale.

J’ose dire que tout cela ne se fait pas par intermédiaire interposé, même si cet intermédiaire était une “entreprise spécialisée” ou une ambassade ou une structure associative. Que l’on me comprenne bien, les structures associatives, les consortium, les entreprises ont et auront de plus en plus une place dans le secteur et dans son internationalisation. C’est à elles de se trouver une vocation, de se développer une offre et un marché, une valeur ajoutée, dirait-on. Mais elles ne pourront pas se substituer à leurs membres, à leurs clients ou aux établissements qu’elles rassemblent ou représentent. L’internationalisation de l’enseignement supérieur se fait par les hommes et les femmes qui la vivent au quotidien et qui en ont l’expertise et l’expérience.

On pourrait me dire qu’il y a bel et bien des entreprises, des agents qui recrutent des étudiants étrangers pour des établissement d’enseignement. Absolument, c’est même devenu une “industrie” de service. Cependant, ces agents ne font que partiellement le travail de l’université: Ils/elles prospectent des marchés, informent les étudiants potentiels, leur prodiguent des conseils et les accompagnent dans leurs demandes d’admission. Ils/elles ne font pas le travail d’admission, n’inscrivent pas les étudiants admis, n’encadrent pas les étudiants avant et au moment de leur arrivée dans le pays de destination et dans leurs salles de cours. Il existe même des cabinets de consultants qui développent (proposent de développer) des partenariats entre des universités autour d’une opportunité de collaboration quelconque. Quoi que de succès mitigé, ces cabinets (ou même associations, consortiums, etc.) ne font que partiellement le travail des universités. Ils créent ds opportunités de mise en relation, informent les partenaires potentiels, suggèrent des idées de collaboration. Le vrai travail de développement de partenariat, de mise en place de projets de collaboration et, coeur du sujet sans aucun doute, le travail d’implementation du partenariat ne peut se faire que par les équipes académiques, de recherche et d’administration des universités partenaires. Implémenter et gérer un partenariat exige plusieurs niveaux d’intervention par des spécialistes, des acteurs, des usagers et des bénéficiaires, des équipes de soutien qui sont dans les établissements partenaires et qui sont les vrais propriétaires du partenariat aussi bien dans son contenu académique et scientifique, que dans son cadre administratif et stratégique.

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A quoi rime tout cela? C’est juste que l’internationalisation de l’enseignement supérieur semble attirer des acteurs (nouveaux ou pas) qui veulent offrir des services qu’ils maitrisent peu à des experts du milieu qui n’en ont pas besoin. Je suis certain que ces acteurs de l’enseignement supérieur ont déjà un mandat et une mission qui attendent d’être réalisés. Si ces acteurs veulent aider dans l’internationalisation, eh bien qu’ils s’assurent d’abord d’avoir un besoin dans le milieu pour le genre de services qu’ils veulent offrir, mais aussi et surtout qu’ils s’assurent que leur offre répond convenablement au besoin, qu’ils possèdent une vraie expertise dans le domaine et surtout qu’ils ne prétendent pas se substituer aux vrais experts là où on n’a pas besoin d’eux….

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